Le vendredi 16 octobre, l’Assemblée nationale a franchi une étape importante dans la fiscalité des cryptomonnaies en France. Les députés ont adopté un amendement visant à taxer les conversions en stablecoins régulés, et ce, même lorsque les investisseurs ne retirent pas leurs gains en euros. Une mesure qui pourrait redéfinir la manière dont les particuliers déclarent leurs avoirs numériques.
Un amendement ciblant les conversions en stablecoins
Porté par le député Nicolas Sansu et soutenu par seize parlementaires, cet amendement s’inscrit dans le cadre des discussions sur le projet de loi de finances pour 2027. Son objectif principal est clair : combler un vide fiscal autour des stablecoins, ces cryptomonnaies dont la valeur est adossée à un actif stable comme le dollar ou l’euro.
Concrètement, la mesure prévoit que toute conversion vers un stablecoin régulé — comme l’USDC ou l’EURC — soit considérée comme un événement taxable, peu importe que l’utilisateur reconvertisse ensuite ses fonds en cryptomonnaies ou conserve ses stablecoins sur la durée.
Pour rappel, un stablecoin est une cryptomonnaie conçue pour maintenir une valeur stable, généralement indexée sur une monnaie fiat comme le dollar ou l’euro. Les plus connus sont l’USDC (Circle) et l’USDT (Tether).
Pourquoi cette mesure change la donne
Jusqu’à présent, la fiscalité française se concentrait principalement sur les conversions entre cryptomonnaies et euros. Une conversion crypto vers stablecoin restait, dans de nombreux cas, dans une zone grise. Ce nouvel amendement vise précisément à mettre fin à cette ambiguïté.
En pratique, cela signifie qu’un investisseur qui échange ses bitcoins contre des USDC devra déclarer cette opération, même s’il n’a jamais touché d’euros. Une approche qui rappelle, dans l’esprit, le fonctionnement de la fiscalité américaine sur les cryptomonnaies, où chaque échange constitue un fait générateur d’imposition.
Les stablecoins régulés au cœur du dispositif
L’amendement cible spécifiquement les stablecoins régulés, c’est-à-dire ceux émis par des entités soumises à une supervision européenne, notamment dans le cadre du règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets). Ce règlement, adopté par l’Union européenne, impose des normes strictes en matière de réserves, de transparence et de gouvernance aux émetteurs de stablecoins.
Ainsi, les stablecoins les plus connus comme l’USDC de Circle, déjà conforme à MiCA, seraient directement concernés. En revanche, les stablecoins non régulés pourraient ne pas tomber sous le coup de cette nouvelle taxation, ce qui pose question sur l’arbitrage que pourraient faire certains investisseurs.
Un parcours législatif encore incertain
Si l’adoption par l’Assemblée nationale constitue une avancée notable, l’amendement est loin d’être définitivement entériné. Plusieurs étapes parlementaires doivent encore se succéder avant qu’une éventuelle application en 2027 ne soit confirmée :
- Examen par le Sénat : la chambre haute devra à son tour débattre et voter sur cette disposition.
- Commission mixte paritaire : en cas de divergences entre les deux chambres, une commission devra trouver un texte de compromis.
- Vote final et promulgation : le texte devra être définitivement adopté avant d’être intégré au budget 2027.
Aussi, les contours exacts de la mesure — seuils d’exonération, taux applicables, modalités de déclaration — pourront encore évoluer au fil des discussions. Il est donc prématuré de considérer cette taxation comme acquise, même si la dynamique actuelle lui est favorable.
Quelles conséquences pour les investisseurs crypto en France ?
Pour les utilisateurs français, cette évolution réglementaire implique de revoir sa stratégie de déclaration fiscale. Voici les principaux points à surveiller :
1. Une traçabilité renforcée des conversions
Les investisseurs devront tenir un registre précis de toutes leurs conversions en stablecoins, en notant la valeur au moment de la transaction. Cela rappelle l’importance d’utiliser des outils de suivi de portefeuille crypto pour faciliter la déclaration annuelle.
2. Un impact sur les arbitrages entre cryptomonnaies
Beaucoup d’investisseurs utilisent les stablecoins comme refuge temporaire lors des phases de volatilité du marché. Si chaque conversion devient taxable, cela pourrait modifier les comportements, en incitant à conserver plus longtemps certaines positions.
3. Une complexité administrative accrue
La gestion de la fiscalité crypto en France repose aujourd’hui sur le formulaire 2086 pour les plus-values. L’intégration des conversions en stablecoins dans ce dispositif pourrait complexifier encore davantage les obligations déclaratives, notamment pour les investisseurs actifs.
Comment se préparer dès maintenant ?
Même si la mesure n’est pas encore définitive, il est judicieux d’anticiper. Les investisseurs peuvent dès aujourd’hui :
- Documenter chaque transaction sur des exchanges reconnus comme Kraken ou Bitvavo, qui fournissent des historiques détaillés.
- Sécuriser ses actifs à l’aide d’un portefeuille matériel comme Ledger, qui permet de garder la maîtrise de ses clés privées.
- Consulter un fiscaliste spécialisé en cryptomonnaies pour adapter sa stratégie patrimoniale.
Conclusion : une fiscalité crypto en pleine mutation
L’amendement adopté par l’Assemblée nationale marque un tournant dans la régulation des cryptomonnaies en France. En ciblant les conversions en stablecoins régulés, le législateur affiche sa volonté de mieux encadrer un marché en pleine expansion et de combler les angles morts fiscaux existants. Reste que le texte doit encore franchir plusieurs étapes avant une application en 2027. Pour les investisseurs, le message est clair : anticiper et documenter chaque opération crypto dès aujourd’hui est la meilleure façon de se préparer à ce nouveau cadre fiscal.



