Le 10 octobre 2024 reste gravé dans la mémoire des investisseurs crypto. En quelques heures, des milliards de dollars de positions long se sont évaporés sous l’effet d’un choc de liquidité éclair. Douze mois plus tard, le marché a pansé ses plaies : la liquidité du bitcoin et de l’ether s’est largement reconstruite, mais les altcoins portent encore les séquelles de cet événement. Décryptage d’un retour progressif à la normale, et des zones de fragilité qui subsistent.
Rappel des faits : que s’est-il passé le 10 octobre 2024 ?
En une soirée, plus de 19 milliards de dollars de contrats à terme ont été liquidés à travers le marché crypto. Le bitcoin est brièvement passé sous les 60 000 dollars, l’ether a reculé de plus de 15 %, et de nombreux altcoins ont perdu entre 30 % et 60 % de leur valeur en quelques minutes. La cause ? Un cascading liquidation event (liquidation en cascade) déclenché par un déséquilibre soudain entre acheteurs et vendeurs sur les plateformes centralisées.
Pour comprendre ce mécanisme, il faut se rappeler comment fonctionnent les futures crypto. Quand un trader emprunte des fonds pour parier sur la hausse (position « long »), sa position est garantie par une marge. Si le marché baisse trop, la plateforme liquide automatiquement la position. Ce jour-là, la vague de ventes automatiques a nourri elle-même la panique, créant un effet boule de neige.
Un an après : la liquidité du bitcoin et de l’ether s’est reconstruite
Bonne nouvelle pour les investisseurs : la profondeur de marché (c’est-à-dire le volume d’ordres d’achat et de vente disponibles à différents prix) sur les deux principales cryptomonnaies a retrouvé, voire dépassé, ses niveaux d’avant le crash. Selon les données de Kaiko, le spread bid/ask – l’écart entre le meilleur prix d’achat et le meilleur prix de vente – s’est resserré sur les grandes plateformes comme Kraken, signe d’un marché plus sain et plus liquide.
Plusieurs facteurs expliquent cette résilience :
- L’entrée des ETF spot : l’approbation des ETF bitcoin et ether début 2024 a apporté une nouvelle source de liquidité structurelle, avec des acteurs institutionnels qui interviennent de manière plus stable.
- L’amélioration des infrastructures : les market makers (fournisseurs de liquidité) ont renforcé leurs algorithmes et leurs capitaux pour absorber les chocs.
- La maturité des plateformes : les principaux exchanges ont durci leurs mécanismes de marge et de liquidation pour éviter un nouveau scénario catastrophe.
Un retour progressif, pas une simple reprise
Pour les traders actifs, il est crucial de noter que la liquidité réelle (celle disponible immédiatement à un prix juste) reste légèrement inférieure à ce qu’elle était avant le crash sur certains actifs. Les carnets d’ordres sont plus fins en dehors des heures de trading américaines, ce qui peut provoquer des mouvements brusques en cas de news importante.
Les altcoins : la zone de risque persistante
Si le bitcoin et l’ether se portent mieux, l’écosystème des altcoins reste fragilisé. De nombreux tokens à faible capitalisation n’ont pas retrouvé leur profondeur de marché d’avant le crash. Concrètement, cela signifie que :
- Les slippage (l’écart entre le prix attendu et le prix réellement obtenu) restent élevés sur les paires exotiques.
- Les volumes sont concentrés sur quelques plateformes, ce qui crée des points de défaillance uniques.
- La sortie d’un seul gros détenteur (« whale ») peut suffire à provoquer une chute de 10 à 20 %.
Cette fragilité est amplifiée par la concentration de la liquidité sur les plateformes décentralisées. Avec l’essor de la DeFi et des Layer 2, les flux se répartissent désormais entre de multiples protocoles, ce qui peut diluer la liquidité disponible pour chaque actif pris individuellement.
Le rôle des stablecoins dans la nouvelle architecture de marché
Un élément souvent sous-estimé dans cette reconstruction : le rôle des stablecoins comme l’USDT et l’USDC. Ils servent désormais de « monnaie de réserve » pour les traders, permettant d’entrer et de sortir rapidement des positions sans repasser par la case fiat. Cette infrastructure de règlement quasi-instantanée renforce la résilience globale du marché. Pour autant, elle introduit aussi de nouvelles dépendances : un problème sur une grande plateforme de stablecoins pourrait à nouveau provoquer un choc de liquidité.
Leçons à tirer pour les investisseurs en 2025
Un an après le flash crash, trois enseignements majeurs se dégagent pour quiconque souhaite investir dans la crypto de manière éclairée :
- Diversifier ses plateformes et ses actifs : ne pas tout concentrer sur une seule exchange ou un seul token réduit l’exposition à un choc localisé.
- Sécuriser ses avoirs à long terme : pour le stockage des cryptos que l’on n’a pas l’intention de trader à court terme, un hardware wallet reste la solution la plus sûre face aux risques de plateforme.
- Privilégier les exchanges régulées et auditées : s’appuyer sur des plateformes reconnues comme Kraken ou Bitvavo offre une meilleure protection en cas de volatilité extrême.
Surveiller les indicateurs de liquidité avant d’investir
Avant tout investissement sur un altcoin, il est devenu indispensable de vérifier la profondeur du carnet d’ordres, le volume quotidien et la répartition des échanges sur lesquels le token est listé. Un actif peu liquide peut sembler bon marché, mais il devient impossible à revendre sans pertes importantes en cas de stress de marché.
Conclusion : un marché plus solide, mais pas immunisé
Le marché crypto a démontré, un an après le 10 octobre 2024, sa capacité à absorber un choc majeur et à reconstruire sa liquidité sur ses actifs phares. Le bitcoin et l’ether apparaissent plus solides que jamais, soutenus par une infrastructure institutionnelle croissante. Mais les altcoins rappellent que la liquidité reste un bien précieux et fragile, qu’il convient de surveiller en permanence. Pour les investisseurs, la leçon est claire : comprendre la structure du marché est aujourd’hui aussi important que de choisir le bon actif.



