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Hyperliquid demande à l’UE de classer les contrats perpétuels comme dérivés

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L’écosystème de la finance décentralisée (DeFi) franchit une nouvelle étape dans sa confrontation avec les régulateurs européens. Le Hyperliquid Policy Center (HPC) a officiellement soumis sa position à la Commission européenne dans le cadre de la revue du règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets). Sa demande est claire : les contrats à terme perpétuels doivent être encadrés par les règles existantes sur les dérivés, notamment MiFID II, plutôt que par un cadre spécifique aux crypto-actifs.

Pourquoi cette position est-elle importante ?

Les contrats à terme perpétuels, ou « perpetual futures », sont des produits financiers très populaires dans l’univers crypto. Contrairement aux contrats à terme classiques, ils n’ont pas de date d’expiration : vous pouvez conserver une position ouverte aussi longtemps que vous le souhaitez, à condition de payer périodiquement un petit frais appelé funding rate (taux de financement).

Sur des plateformes comme Kraken ou Bitvavo, on retrouve des versions de ces produits, mais l’immense majorité de l’innovation se concentre sur des protocoles décentralisés comme Hyperliquid. C’est justement là que le bât blesse pour les régulateurs : comment classer un instrument financier dérivé qui fonctionne entièrement via des smart contracts sur une blockchain ?

Le cœur du débat : technologie ou fonctionnalités ?

Le Hyperliquid Policy Center défend une approche pragmatique connue sous le nom de principe de neutralité technologique. Autrement dit, ce qui compte pour la régulation, ce n’est pas la technologie sous-jacente (blockchain, smart contract, etc.), mais bien la nature économique et les fonctionnalités du produit proposé aux utilisateurs.

Un contrat perpétuel, qu’il soit exécuté sur un serveur traditionnel ou sur une blockchain, présente les mêmes caractéristiques financières :

  • Effet de levier (possibilité d’emprunter pour放大 ses positions)
  • Risque de liquidation (perte totale si le marché va dans le mauvais sens)
  • spéculation sur la volatilité

Pour le HPC, ces produits doivent donc logiquement tomber sous le coup de MiFID II, la directive européenne qui régit déjà tous les instruments financiers dérivés en Europe.

Les implications concrètes pour la DeFi européenne

Si la Commission européenne suivait cette recommandation, les conséquences seraient majeures. Les protocoles DeFi proposant des contrats perpétuels pourraient être contraints de demander des agréments similaires à ceux des banques et courtiers traditionnels. Cela soulève plusieurs questions brûlantes :

  • Qui est le régulé ? Le smart contract, ses développeurs, les validateurs, ou les utilisateurs ?
  • La DeFi peut-elle survivre à une régulation pensée pour la finance traditionnelle ?
  • Les utilisateurs européens seront-ils simplement exclus de l’accès à ces produits ?

Plusieurs acteurs majeurs de l’industrie, dont Circle (émetteur de l’USDC, dont l’européenne Circle France SAS est enregistrée PSAN en France) et Coinbase, ont déjà fait part de leurs préoccupations. Ils craignent qu’une application trop stricte de MiCA ne pousse l’innovation hors d’Europe.

MiCA vs MiFID II : quelle différence ?

Pour bien comprendre l’enjeu, il faut distinguer deux textes européens :

MiCA (Markets in Crypto-Assets) est le règlement spécifique aux crypto-actifs, entré en application progressivement depuis 2024. Il encadre les stablecoins, les utility tokens et impose des obligations aux émetteurs.

MiFID II (Markets in Financial Instruments Directive) est une directive plus ancienne qui régit l’ensemble des marchés financiers européens. Elle impose des règles strictes en matière de transparence, de protection des investisseurs et de gestion des risques pour les produits dérivés.

Le choix entre MiCA et MiFID II n’est donc pas anodin : il détermine le niveau d’exigence réglementaire et, par extension, la viabilité des plateformes DeFi en Europe.

Une position stratégique de la part d’Hyperliquid

Il est important de noter que le Hyperliquid Policy Center n’est pas un acteur neutre. Lancé fin 2024, ce groupe de réflexion est financé par la fondation derrière le protocole Hyperliquid, qui est l’un des plus grands marchés de contrats perpétuels décentralisés au monde. Sa démarche s’inscrit donc dans une stratégie d’influence assumée pour façonner un cadre réglementaire qui lui serait favorable.

Cependant, sa position rejoint celle de nombreux acteurs institutionnels qui considèrent que les perpetual futures, par leur nature spéculative et leur complexité, présentent des risques identiques à ceux des dérivés traditionnels et méritent une surveillance équivalente.

Conclusion : vers une régulation cohérente ou une migration hors d’Europe ?

La proposition du Hyperliquid Policy Center ouvre un débat fondamental sur l’avenir de la finance décentralisée en Europe. En plaidant pour une régulation par les fonctionnalités plutôt que par la technologie, le HPC tente de concilier innovation DeFi et protection des investisseurs.

Pour les utilisateurs européens, l’enjeu est de taille. Une régulation trop sévère pourrait priver les traders d’outils financiers pourtant essentiels à la gestion de portefeuille dans un marché aussi volatil que celui des cryptomonnaies. Pour les investisseurs soucieux de sécuriser leurs avoirs en autonomie, n’oubliez pas qu’une bonne pratique reste de stocker ses actifs sur un portefeuille matériel comme Ledger, loin des plateformes centralisées.

La Commission européenne devra trancher dans les mois à venir. Une chose est sûre : l’avenir réglementaire des contrats perpétuels en Europe déterminera largement la place du Vieux Continent dans la révolution de la finance décentralisée.

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