Et si l’éclatement de la bulle de l’intelligence artificielle était une bonne nouvelle pour le bitcoin ? C’est en tout cas la thèse défendue par Arthur Hayes, directeur des investissements de Maelstrom, le fonds spéculatif qu’il a lancé après avoir cofondé la plateforme BitMEX. Selon lui, la fin de l’euphorie autour de l’IA déclencherait une réaction en chaîne favorable au roi des cryptomonnaies.
Pourquoi Hayes anticipe un transfert vers le bitcoin
Pour comprendre le scénario de Hayes, il faut d’abord saisir un mécanisme économique bien connu : quand un secteur financier s’effondre — souvenez-vous des subprimes en 2008 ou de la bulle internet en 2000 —, les États et les banques centrales interviennent pour éviter une contagion généralisée. Ils injectent massivement des liquidités, c’est-à-dire qu’ils « impriment de la monnaie » pour relancer l’économie.
Criez sur cette logique simple : si les entreprises d’IA surévaluées font faillite, les pouvoirs publics devront voler à leur secours. Cette opération, appelée assouplissement quantitatif, gonfle la masse monétaire et dilue la valeur de chaque devise fiduciaire (dollar, euro, etc.). Résultat : les investisseurs cherchent des actifs refuges pour protéger leur épargne.
Pour Hayes, le bitcoin est l’un de ces actifs refuges, au même titre que l’or. En période d’incertitude monétaire, ces actifs deviennent des valeurs sûres. Cette idée n’est pas nouvelle dans l’univers crypto, mais elle prend un relief particulier à l’heure où les sommes englouties dans l’IA atteignent des sommets stratosphériques.
En résumé, le schéma mental de Hayes est le suivant : bulle IA → krach → plan de sauvetage → impression monétaire → recherche d’actifs refuges → hausse du bitcoin.
Des risques qui freinent cette vision haussière
Toute médaille a son revers. Hayes lui-même reconnaît que cette trajectoire haussière se heurte à plusieurs obstacles majeurs.
La menace des ordinateurs quantiques
Le premier risque vient d’une technologie encore émergente, les ordinateurs quantiques. Ces machines, capables de réaliser des calculs d’une complexité jusqu’ici inaccessible, pourraient théoriquement casser la cryptographie (les mathématiques qui sécurisent les transactions) qui protège le bitcoin. Concrètement, un ordinateur quantique assez puissant pourrait permettre à un acteur malveillant de voler des fonds en devinant les clés privées.
Pour les non-initiés : imaginez un coffre-fort dont la combinaison repose sur un problème mathématique qu’aucun ordinateur classique ne peut résoudre. Un ordinateur quantique, lui, en serait capable. Si cette technologie se démocratise trop vite, elle représenterait un risque existentiel pour toute la sécurité blockchain.
Les sorties de capitaux des ETF Bitcoin
Le second obstacle est plus concret et immédiat : les ETF Bitcoin au comptant approuvés aux États-Unis en janvier 2024 ont connu des sorties de capitaux importantes. Un ETF (fonds négocié en bourse) est un produit financier qui permet d’acheter du bitcoin sans détenir directement la cryptomonnaie.
Quand les investisseurs retirent leur argent de ces fonds, la pression vendeuse augmente et le prix a tendance à baisser. Ces sorties témoignent d’un attentisme, voire d’une perte de confiance passagère, qui contredit temporairement la thèse de Hayes.
Faut-il s’inquiéter ou se positionner ?
Arthur Hayes ne prétend pas prédire l’avenir avec certitude. Il dessine un scénario, une possibilité. Et dans ce scénario, le bitcoin reste un actif résilient, capable de capter la valeur quand les politiques monétaires se retournent.
Pour les acteurs français et francophones intéressés par cette thèse, plusieurs options s’offrent à vous :
- Acheter du bitcoin sur une plateforme régulée comme Kraken ou Bitvavo, deux références en Europe.
- Sécuriser ses avoirs dans un portefeuille physique comme un Ledger, indispensable si vous détenez des montants significatifs.
- Suivre l’évolution des ETF et de la masse monétaire pour valider (ou non) la thèse de Hayes.
Gardez en tête que tout investissement comporte des risques. La thèse de Hayes est séduisante sur le papier, mais le marché reste imprévisible. La diversification, la prudence et une compréhension minimale des mécanismes monétaires restent vos meilleurs alliés.
Conclusion : le bitcoin comme assurance monétaire ?
La vision d’Arthur Hayes rappelle une idée centrale dans l’univers bitcoin : celle d’un actif numérique, rare, indépendant des banques centrales. Face à l’éventuel éclatement de la bulle de l’IA, le bitcoin pourrait redevenir le refuge que ses défenseurs imaginent depuis sa création en 2009.
Reste que la route vers ce scénario haussier est semée d’embûches : menace quantique, pression vendeuse sur les ETF, contexte macroéconomique incertain. Mieux vaut donc garder un œil ouvert sur ces signaux et ne jamais investir plus que ce que l’on est prêt à perdre.



